Sergueï Rachmaninov Symphonie n° 2 en mi mineur, op. 27 (1907)
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20.03.2026 FLAGEY BRUXELLES
Rachmaninov eut la chance de naître dans une famille aisée baignée dans la musique : son grand-père paternel composa des chansons et de la musique de salon après sa carrière d’officier, et sa mère lui donna ses premiers cours de piano. En raison du style de vie fastueux de son père, il ne resta bientôt plus grand-chose du vaste domaine familial. Le mariage de ses parents n’y survécut pas, et le jeune Sergueï déménagea avec sa mère, ses sœurs et ses frères dans un petit appartement de Saint-Pétersbourg. Il y entra au conservatoire dès l’adolescence, mais manquait d’entrain à l’étude. Sur les conseils d’un cousin, le pianiste et chef d’orchestre Alexandre Siloti, il fut envoyé à Moscou. Là, il put étudier avec le célèbre professeur Nikolaï Zverev dont la discipline de fer fit des merveilles sur lui. Grâce à son professeur, il put découvrir la vie professionnelle musicale de Moscou. Peu après, Rachmaninov fut également admis dans la classe d’harmonie d’Arenski. Il s’avéra très vite extraordinairement doué : en 1888, il obtint la plus haute distinction en théorie musicale, et en 1892, il passa ses examens de piano et de composition un an plus tôt que prévu – un exploit qui fut récompensé par une médaille d’or.
Rachmaninov fut considéré comme un compositeur à part entière dès la fin de ses études et il bénéficia du soutien de Tchaïkovski. Il avait déjà quelques œuvres impressionnantes à son palmarès. Outre un certain nombre de chansons et d’œuvres pour piano, il y avait son travail de fin d’études et Aleko, opéra en un acte qui rencontra un tel succès qu’il fut immédiatement donné au Théâtre du Bolchoï. Sans oublier son Premier Concerto, l’œuvre à laquelle le compositeur donna officiellement son premier numéro d’opus.
Une apathie paralysante s’est emparée de moi. Je ne faisais absolument rien et ne trouvais de plaisir nulle part. Je passais la moitié de mes journées allongé sur un canapé. J’avais abandonné et me trouvais dans un profond désespoir.
Pour tout compositeur, l’écriture d’une première symphonie constitue un moment symbolique. Pour Rachmaninov, la pression était d’autant plus forte après la mort de Piotr Ilitch Tchaïkovski en 1893, le public le considérant comme son successeur naturel. Il travailla durant des années à sa Symphonie n° 1, mais la création en 1897 tourna au désastre : le chef, Alexander Glazounov, aurait dirigé dans un état d’ébriété, livrant une interprétation calamiteuse, et la presse qualifia la symphonie ‘d’évocation des sept plaies d’Égypte’. Rachmaninov en sortit anéanti. Il sombra dans une profonde dépression et n’écrivit plus une seule note pendant trois ans : « Une apathie paralysante s’est emparée de moi. Je ne faisais absolument rien et ne trouvais de plaisir nulle part. Je passais la moitié de mes journées allongé sur un canapé. J’avais abandonné et me trouvais dans un profond désespoir. »
Rachmaninov chercha de l’aide et la trouva auprès du neurologue Nikolaï Dahl, qui le libéra de son angoisse créatrice par l’hypnose. En 1901, il osa un Concerto pour piano n° 2 et, encouragé par son succès, entreprit en octobre 1906 la composition de sa Symphonie n° 2. Il venait tout juste de s’installer avec sa famille dans la paisible ville culturelle de Dresde, fuyant les prémices de la révolution. Cette symphonie est une œuvre résolument romantique, tant par sa forme que par son caractère. Rachmaninov dirigea lui-même la création mondiale le 8 février 1908. Ce fut un triomphe éclatant : le public comme la critique saluèrent les mélodies lyriques et leur pouvoir de séduction immédiat. Cet éloge résonne encore aujourd’hui pleinement – cette symphonie monumentale demeure l’une des œuvres les plus jouées de Rachmaninov.