Le compositeur a eu pour but de développer, dans ce qu’elles ont de musical, différentes situations de la vie d’un artiste. Le plan du drame instrumental, privé du secours de la parole, a besoin d’être exposé d’avance. Le programme* suivant doit donc être considéré comme le texte parlé d’un opéra, servant à amener des morceaux de musique, dont il motive le caractère et l’expression.

PREMIERE PARTIE. Rêveries, Passions.

L' Auteur suppose qu'un jeune musicien, affecté de cette maladie morale qu'un écrivain célèbre appelle Ie vague des passions, voit pour la première fois une femme qui réunit tous les charmas de l'être idéal que rêvait son imagination, et en devient éperdument épris. Par une singulière bizarre­rie, l'image chérie ne se présente jamais à l'esprit de l'ar­tiste que liée à une pensée musicale, dans laquelle il trouve un certain caractère passionné, mais noble et timide comme celui qu'il prête à l'objet aimé.
Ce reflet mélodique avec son modèle le poursuivent sans cesse comme une double idée fixe. Telle est la raison de l' apparition constante, dans tous les morceaux de la sym­phonie, de la mélodie qui commence Ie premier allegro. Le passage de eet état de rêverie mélancolique, interrompue par quelques accès de joie sans sujet, à celui d'une passion délirante, avec ses mouvements de fureur, de jalousie, ses retours de tendresse, ses larmes, ses consolations religieu­ses, est le sujet du premier morceau.

DEUXIEME PARTIE. Un Bal.

L'artiste est placé dans les circonstances de la vie les plus diverses, au milieu du tumulte d'une Jête, dans la paisible contemplation des beautés de la nature; mais partout, à la ville, aux champs, l'image chérie vient se présenter à lui et jeter Ie trouble dans son ame.

TROISIEME PARTIE. Scène aux Champs.

Se trouvant un soir à ha campagne, il entend au loin deux pa.tres qui dialoguent un ranz de vaches; ce duo pastoral, le lieu de la scène, Ie léger bruissement des arbres douce­ment agités par le vent, quelques motifs d'espérance qu'il a conçus depuis peu, tout concourt à rendre à son creur un calme inaccoutumé, et à donner à ses idées une couleur plus riante. Il réfléchit sur son isolement; il espère n'être bientöt plus seul ... Mais si elle Ie trompait! ... Ce mélange d' espoir et de crainte, ces idées de bonheur, troublées par quelques noirs pressentiments, forment Ie sujet de l' adagio. A la fin, l'un des pätres reprend le ranz de vaches; l'autre ne répond plus ... Bruit éloigné de tonnerre ... solitude ... silence ...

QUATRIEME PARTIE. Marche au supplice.

Ayant acquis la certitude que son amour est méconnu, l'ar­tiste s'empoisonne avec de !'opium. La dose du narcotique, trop faible pour lui donner la mort, Ie plonge dans un sommeil accompagné des plus horribles visions. Il rêve qu'il a tué celle qu'il aimait, qu'il est condamné, conduit au supplice, et qu'il assiste à sa propre exécution. Le cortège s'avance aux sons d'une marche tantöt sombre et farouche, tantöt brillante et solennelle, dans laquelle un bruit sourd de pas graves succède sans transition aux éclats les plus bruyants. A la fin de la marche, les quatre premières me­sures de l'idée fixe reparaissent comme une dernière pensée d'amour interrompue par Ie coup fatal.

CINQUIEME PARTIE. Songe d’une nuit de Sabbat.

Il se voit au sabbat, au milieu d'une troupe affreuse d'om­bres, de sorciers, de monstres de toute espèce, réunis pour ses funérailles. Bruits étranges, gémissements, éclats de rire, cris lointains auxquels d' au tres cris semblent répondre. La mélodie aimée reparaît encore, mais elle a perdu son caractère de noblesse et de timidité; ce n' est plus qu'un air de danse ignoble, trivia! et grotesque; c' est elle qui vient au sabbat. ... Rugissement da joie à son arrivée ... Elle se mêle à !' orgie diabolique ... Glas funèbre, parodie burlesque du Dies irae2, roude du sabbat. La ronde du sabbat et Ie Dies irae ensemble.

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