Brussels Philharmonic | happy, 2023

Happy 2023!

notes de programme

explication : Aurélie Walschaert
05.01.2023 DE SPIL ROESELARE
06.01.2023
FLAGEY
07.01.2023
SCHOUWBURG LEUVEN
08.01.2023
CONCERTGEBOUW BRUGGE

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Le Brussels Philharmonic entame la nouvelle année au son enjoué des cordes et des trompettes de la Water Music de Haendel, suite destinée à magnifier le voyage en bateau du roi George Ier sur la Tamise. Nous suivons ensuite le cours sinueux de la Moldau grâce au poème symphonique Vltava de Smetana, avant de nous laisser emporter par la magie de L’apprenti sorcier de Paul Dukas. La Schlittenfahrt de Leopold Mozart nous entraîne quant à elle dans un paysage hivernal enneigé, sur fond de clochettes et de claquement de fouets. L’idéal pour transiter vers les polkas légères et les valses captivantes des frères Johann et Josef Strauss.

Bonne année 2023 !

Musique royale

Georg Friedrich Haendel (1685-1759) semble avoir eu le nez fin pour nouer les bons contacts tout au long de sa carrière. Jeune homme, son talent l’entraîne de sa ville natale de Halle vers la ville prospère et florissante d’Hambourg, où il crée quelques opéras à succès. Encouragé par le prince Ferdinand de Médicis, il se rend peu de temps après en Italie, berceau de l’opéra. Là aussi, il accède très rapidement aux cercles les plus élevés de la noblesse. Une rencontre importante avec le prince Ernest-Auguste de Hanovre lui ouvre la voie vers Hanovre, où il devient maître de chapelle et insuffle une vie nouvelle au paysage musical, avant d’être appelé à s’établir définitivement en Angleterre en 1717.

Le 17 juillet de la même année, sa Water Music est créée à l’occasion d’une promenade en bateau du roi George Ier de Grande-Bretagne sur la Tamise. Le journal britannique The Daily Courant décrit l’événement comme suit : « Le roi et plusieurs nobles ont embarqué à huit heures du soir au palais de Whitehall pour remonter le fleuve jusqu’à Chelsea. À bord d’un autre bateau se trouvaient cinquante musiciens. Le fleuve tout entier aurait été empli de bateaux et de canots de personnes désireuses d’assister au concert. Le roi George Ier a été tellement séduit par l’œuvre qu’il l’a fait répéter trois fois pendant le trajet jusqu’à Chelsea et sur le chemin du retour à Whitehall. »


Une ode à la splendeur de la Bohême

Ce n’est pas la Tamise, mais la Moldau qui joue le rôle principal dans le poème symphonique Vltava du compositeur tchèque Bedřich Smetana (1824-1884). Il y combine son amour pour son pays natal avec une nouvelle tendance de la musique orchestrale romantique : la description d’une histoire en musique. Chaque partie du cycle en six parties Má Vlast (Ma patrie) esquisse un aspect de la nature, du folklore ou de l’histoire de la Bohême. Le cycle est rarement interprété dans son intégralité, mais la deuxième partie, Vltava, résonne régulièrement dans les salles de concert.

Smetana décrit lui-même sa composition en ces termes : « Deux sources jaillissent à l’ombre d’une forêt de Bohême, l’une chaude et agile, l’autre froide et endormie. À mesure qu’elles s’écoulent dans les vallées de Bohême, elles se transforment en une rivière majestueuse. Celle-ci traverse de noires forêts où retentissent les sonneries d’une chasse. Elle traverse de vertes prairies, où l’on célèbre un mariage en chantant et en dansant. Au clair de lune, les fées des eaux s’y ébattent dans le clapotis des vagues. Les châteaux se mirent à la surface de la rivière, témoins d’un passé révolu. La Moldau franchit des rapides et écume en cascade, avant de rouler vers Prague, en passant par le quartier historique de Vyšehrad. Puis se perd aux yeux du poète dans les lointains infinis. »

La musique épouse parfaitement toute la scène. Pour commencer, deux flûtes dépeignent le jaillissement des sources. Elles sont rejointes par un nombre croissant d’instruments plus graves, signe que le courant s’élargit et s’approfondit. Un peu plus tard, des cuivres annoncent le début de la battue en forêt, avant que ne retentisse, un peu plus loin, la danse des noces paysannes. Après une brusque accélération du courant (l’orchestre sonne fort et dissonant), le premier thème revient en toute solennité. Prague est en vue.

Un soupçon de magie

Paul Dukas (1865-1935) a lui aussi composé un poème symphonique : L’apprenti sorcier : scherzo d’après une ballade de Goethe. Cette œuvre raconte l’histoire d’un apprenti sorcier indocile. Dès que son vieux professeur s’en va, le jeune homme ensorcelle un balai pour l’aider à remplir la baignoire avec l’eau de la rivière. Mais son plan dérape vite : le balai est indomptable et emplit toute la maison d’eau. Incapable de se rappeler comment l’arrêter, l’apprenti coupe le balai en deux, redoublant ainsi le problème. Au moment où il est sur le point de succomber à un raz-de-marée, son professeur rentre chez lui et rompt le charme.

Le talent d’orchestrateur de Dukas s’exprime pleinement dans L’apprenti sorcier. Il utilise la riche palette de timbres de l’orchestre pour modeler le caractère de chaque personnage. Le thème d’ouverture, nimbé d’une atmosphère mystérieuse, ouvre immédiatement la voie à l’introduction du balai désobéissant, joué par le basson. Peu après suit une mélodie ténue dans les cordes aiguës : la magie entre en scène. L’apprenti sorcier toujours insouciant résonne ensuite dans les bois et les xylophones. Séduit par les qualités cinématographiques de l’œuvre, Walt Disney l’immortalise en 1940, quelque cinquante ans après sa création, dans le dessin animé Fantasia.

Valses et polkas

La valse viennoise n’a pas toujours joui de la popularité qu’elle connaît aujourd’hui, en particulier dans les hautes sphères de la société. Mais à une période où la valse de Vienne était considérée comme « une incitation aux passions pécheresses », Johan Strauss père (1804-1849) avait néanmoins réussi à sortir ce genre des brasseries viennoises pour l’imposer dans les salles de bal et de concert grâce à des orchestrations raffinées et des interprétations de qualité. Peu de temps après, son fils Johan Strauss II est sacré nouveau roi de la valse en élevant les possibilités mélodiques et structurelles du genre à leur apogée, de sorte que ses valses, polkas et marches séduisent l’Europe et les États-Unis. L’œuvre la plus interprétée de Strauss est sans aucun doute An der schönen blauen Donau. Étrangement, cette valse ne rencontre pas le succès à Vienne. Jouée en guise de rappel lors d’un concert donné à l’occasion de l’Exposition universelle de Paris en 1889, elle fait l’objet d’une véritable ovation.