Petrushka est le quatrième concert de la série « Beyond the Score », où la musique entre en dialogue avec le monde des arts. Cette fois, le point de départ est la puissance de l’imagination. C’est exactement avec cette idée que joue Stravinsky dans Petrushka : les marionnettes prennent vie, les réalités se déplacent, et peu à peu il devient difficile de savoir où s’arrête le conte et où commence le monde réel.
L’artiste visuelle Ellen Vrijsen a créé de nouvelles peintures inspirées par la musique. Le motion designer Ychaï Gassenbauer donne ensuite vie à ces images : elles bougent, se transforment et se déploient en un univers parallèle.
Curieux de découvrir comment ce projet a vu le jour ? Lisez la suite et plongez dans les coulisses du processus de création.
Beyond The Score – Cette série de concerts célèbre la puissance de l’imagination : notre fantaisie transforme ce que nous percevons dans le monde réel en un univers qui nous est propre, teinté par notre individualité. Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est-ce qui est illusion ? Qu’est-ce qui est imagination ? Qu’est-ce qui est réalité ?
La couche visuelle renforce cette sensation d’étrangeté – et invite chacun à imaginer un univers parallèle personnel. Les nouvelles œuvres de l’artiste Ellen Vrijsen, inspirées par la musique, stimulent l’imagination du spectateur.
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Depuis la nuit des temps, les êtres humains créent des récits et des images pour comprendre le monde. Ce n’est que lorsqu’une chose est décrite, discutée, peinte ou chantée qu’elle acquiert du sens. La science, l’art et la religion offrent des repères dans notre réalité chaotique. Des mythologies anciennes aux derniers blockbusters, des peintures rupestres à TikTok, nous abordons le monde par l’imagination. Avec le concert Petrushka, nous célébrons cette puissance imaginative.
Chacune des trois œuvres musicales explore la réalité à sa manière : Camille Pépin s’inspire d’un conte chinois comme d’un miroir tendu à notre propre monde. Joan Tower évoque la force des séquoias aux ramifications capricieuses comme métaphore du paysage musical dans lequel, en tant que compositrice, elle trouve sa propre voix. Et dans Petrushka, Stravinsky joue avec les rôles, les identités et les mondes parallèles – jusqu’à ce que plus personne ne sache vraiment où commence le conte et où finit le monde réel.
C’est précisément pour cela que Petrushka résonne aujourd’hui avec une telle acuité. À l’heure où l’IA, les deepfakes et les images générées par la technologie envahissent notre quotidien, nous nous retrouvons – comme le Charlatan – dans un état de doute : qu’est-ce qui est réel ? Petrushka finit par être tué, mais n’était-il pas seulement une marionnette ? Que se passe-t-il lorsque notre imagination devient plus puissante que la réalité tangible ? Et si cette imagination, contrairement aux séquoias profondément enracinés de Tower, se détachait de tout ancrage dans le monde réel ?
Le cadre visuel qui entoure ce concert s’inscrit pleinement dans cette tension entre imagination et réalité. De nouvelles œuvres de l’artiste visuelle Ellen Vrijsen, inspirées par la musique, invitent le public à imaginer le son sous une forme visuelle. Le motion designer Ychaï Gassenbauer pousse encore plus loin ce jeu : les images se superposent, se déplacent, s’estompent et se fondent les unes dans les autres. Que représentent ces images – et leurs mouvements ? Peut-être que cela n’a plus vraiment d’importance lorsque des mondes parallèles commencent à s’accumuler et à se déployer les uns sur les autres.
Et pourtant, la réalité finit toujours par s’imposer – inévitable et indomptable – une réalité à travers laquelle notre imagination doit se frayer un chemin pour trouver du sens.
Gerd Van Looy (coordination artistique)
La musique et l’image entrent en dialogue : au-dessus de l’orchestre, deux écrans sont suspendus dans l’espace, tels des toiles agrandies. Sur l’un apparaissent les peintures originales d’Ellen Vrijsen ; sur l’autre, le motion designer Ychaï Gassenbauer crée un monde parallèle — une suite de transformations, de déformations et d’échos des images peintes.
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Les peintures de Ellen Vrijsen (1979) constituent le point de départ. Son travail récent joue avec la couleur, la mémoire et le mouvement : des arrière-plans fluides, verts et bleus, d’où émergent des traces noires, rouges et jaunes, comme des fragments d’une idée. Les images résistent à une interprétation unique ; elles se déploient plutôt comme un rêve ou un souvenir - chaque fois légèrement différent, fugitif. Avec la musique, elles invitent le public à regarder, à écouter et à s’immerger, ne serait-ce qu’un instant, dans un paysage de couleurs et de sons.
plus d’infos Ellen Vrijsen
Ychaï Gassenbauer (1981) est un animateur, motion designer et artiste vidéo basé à Bruxelles. Dans son travail, il explore des thèmes tels que l’identité, la masculinité et la sexualité. Il est membre des collectifs artistiques bruxellois School of Love et The Aunties Collective, qui explorent de nouvelles façons de penser l’amour, la communauté et les liens de parenté. Parallèlement, il travaille comme vidéaste et monteur avec des artistes tels que Vincent Meessen, Vermeir & Heiremans et Samson Kambalu. En tant qu’animateur, il a également contribué à Babines d’Emilie Praneuf.
plus d’infos Ychaï Gassenbauer
Joan Tower Sequoia (1981)
Camille Pepin Les Eaux célestes (2022)
Igor Stravinsky Petrouchka (vérsion 1947)
∙ 19:00 ouverture des portes
∙ 19:30 introduction
∙ 20:15 concert (sans entracte)
∙ 21:15 fin
Avec Beyond The Score, Brussels Philharmonic va au-delà des notes, et explore ce que la musique symphonique éveille chez d’autres voix de notre société. La musique nous touche tous et raconte toujours une histoire. Mais comment cette histoire résonne-t-elle dans les yeux d’une poétesse ? Ou à travers le travail d’une artiste bruxelloise ? Comment écrivent-elles de nouvelles couches sur la musique de Ravel, Scriabine ou Stravinsky – et cela change-t-il notre regard, mais aussi le vôtre ?
Beyond The Score, c’est la création, la rencontre et la pollinisation croisée avec le vaste champ artistique. Plus de voix. Plus de stimulations. Et surtout : la musique. Bien plus que la musique.