Le guide d’inspiration de Kazushi Ono
de son amour pour la nature à son lien avec la partition, jusqu’aux moments d’or de sa carrière
La barre était haute. Lorsqu’en 2015, le chef d’orchestre Stéphane Denève reprend les rênes du Brussels Philharmonic, il succède à Michel Tabachnik. Un directeur musical qui avait guidé l’orchestre à travers une période mouvementée sur le plan organisationnel et lui avait injecté une véritable décharge d'adrénaline musicale.
Denève conquiert très vite le cœur du public bruxellois. Avec ses boucles emblématiques et son tempérament résolument jovial, il met un point d’honneur à s’adresser au public avant les concerts pour expliquer ses choix. Il fait descendre la fonction de chef d’orchestre de sa tour d’ivoire et se présente comme un maestro accessible. Il entre en dialogue avec les spectateurs, prend le temps de participer aux rencontres d’avant-concert et, après les représentations, on le retrouve volontiers au bar de Flagey ou au restaurant Les Variétés pour discuter.
Mais son empreinte va bien sûr bien au-delà de sa seule personnalité. Denève poursuit certes dans la voie tracée par Tabachnik – avec une attention particulière portée à la création contemporaine et au répertoire français – mais y imprime indéniablement ses propres accents. De nouveaux compositeurs viennent enrichir le carnet d’adresses ; de nouvelles partitions apparaissent sur les pupitres. Ses interprétations sont toujours pleines de couleurs et d’une grande force narrative. Sous sa direction, l’orchestre connaît également plusieurs premières importantes : en 2017, le Brussels Philharmonic participe ainsi pour la première fois à la semaine de finale du Concours Reine Elisabeth, consacrée cette année-là au violoncelle.
Si Tabachnik avait provoqué un véritable séisme, Denève a été l’homme de la stabilité. Après deux mandats, cette belle collaboration prend fin en 2022. Les deux parties s’accordent alors sur une chose : le moment est venu de passer à autre chose. Mais nous avons gardé un œil attentif sur notre ancien directeur musical. Comment les choses se sont-elles passées pour lui ces dernières années… ?
13.09.2027 CLYNE & MUSSORGSKY avec Stéphane DenèveParallèlement à ses années parmi nous, Denève était déjà à l'œuvre comme premier chef invité à Philadelphie, en Pennsylvanie – l’un des orchestres américains du « Big Five ». Depuis, il est resté très actif aux États-Unis. De 2019 jusqu’à la saison actuelle, il a été directeur musical à Saint-Louis, dans le Missouri, où il réside également.
En 2022, il rejoint par ailleurs la New World Symphony. Cette académie orchestrale de Miami, fondée à la fin des années 1980 par le compositeur et chef d’orchestre Michael Tilson Thomas, est considérée comme l’un des viviers majeurs de talents orchestraux aux États-Unis. Denève décrit son travail sur place comme « une source de joie, d’inspiration et d’espoir infinis ». Un bonheur dont il pourra profiter encore plusieurs années : son contrat a récemment été prolongé jusqu’à la saison 2030-31.
Aussi bien installé soit-il au pays de la liberté, Denève ne délaisse pas pour autant les Plat Pays. Depuis 2023, il est chef invité du Radio Filharmonisch Orkest à Hilversum, la cité des médias chez nos voisins du Nord. Fait notable : ces dernières années, il y a dirigé plusieurs opéras (notamment en version de concert) ainsi que des œuvres pour ballet.
Il faut dire que l’une des premières étapes de la carrière professionnelle de Denève fut un poste d’assistant de Georges Prêtre à l’Opéra national de Paris. Et dans les premières années de sa carrière, le chef descendait encore régulièrement dans la fosse d’orchestre. Il fait ses débuts à Covent Garden avec une production de Così fan tutte de Mozart, dirige Berlioz à Bologne et La Traviata à la Monnaie. De l’autre côté de l'océan aussi, Denève est connu comme chef d’opéra, notamment à Cincinnati et à Santa Fe.
Ces dernières années, ce répertoire semblait toutefois être quelque peu passé au second plan. Le voir renouer avec cette voie aux Pays-Bas est donc pour le moins intéressant. En 2022, il interprète avec le RFO La Tragédie de Salomé, musique de ballet du Français Florent Schmitt, aujourd’hui quelque peu oublié – et qui fut une source d’inspiration pour Le Sacre du printemps. Plus récemment, lors d’une matinée au Concertgebouw d’Amsterdam, le chef s’est tourné vers le Faust de Gounod. Verra-t-on bientôt Denève retrouver plus régulièrement la fosse d’orchestre ?
En plus de ses nombreux engagements réguliers, Denève est de plus en plus souvent invité à faire son entrée dans le panthéon symphonique. Le CV vertigineux de ce globe-trotter rassemble presque tous les grands orchestres de la planète : l’Orchestra Sinfonica dell’Accademia Nazionale di Santa Cecilia, les Wiener Symphoniker, le New York Philharmonic et le LA Phil, le NHK Symphony Orchestra de Tokyo ou encore l’Orquestra Sinfônica do Estado de São Paulo. Récemment, Denève a fait ses débuts avec les Berliner Philharmoniker, célébré le Nouvel An avec l’Orchestre National de France et dirigé pour la première fois au prestigieux Carnegie Hall.
Heureusement, dans cet agenda incroyablement chargé, Denève trouve encore de temps à autre le temps de faire un court retour à Flagey. Après quelques années d’absence, Stéphane a retrouvé le Studio 4 en 2026. Et pour la saison de concerts à venir, de belles retrouvailles sont déjà au programme le 13 mars pour le concert Clyne & Mussorgsky.
Jasper Croonen
L’ancien directeur musical Stéphane Denève est de retour à Bruxelles. Il apporte avec lui deux œuvres inédites de sa nouvelle patrie, l’Amérique. Il associe la musique contemporaine de Kevin Puts et d'Anna Clyne aux Tableaux d'une exposition de Moussorgski : un chef-d'œuvre iconique que Denève n'a encore jamais dirigé avec le Brussels Philharmonic.
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