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NOTES DE PROGRAMME

explications : MAARTEN BEIRENS

Luc Brewaeys Symphonie n° 6 (2000)

Luc Brewaeys Préludes Book I & II by Claude Debussy recomposed for orchestra (sélection) (2004-2005)
Luc Brewaeys Symphonie n° 2 (1987)
Daan Janssens
Concerto pour violon (2025) (création mondiale, co-commande Brussels Philharmonic & Concertgebouw Brugge)

[toutes les notes de programme]

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30.01.2026 FLAGEY BRUXELLES
31.01.2026 CONCERTGEBOUW BRUGGE

Dix ans après la mort de Luc Brewaeys (1959–2015), organisateurs, orchestres, ensembles et autres partenaires unissent leurs forces pour offrir, tout au long d’une saison, un large aperçu de la musique de l’un des compositeurs les plus remarquables de Flandre.

Symphonies de Brewaeys

Le cœur de ce programme est constitué de deux symphonies de Luc Brewaeys – disparu il y a dix ans – qui esquissent ensemble un portrait éloquent de son évolution musicale. La Symphonie n° 2 (1987) est brève mais monumentale (Brewaeys requiert un orchestre d’environ cent musiciens). Elle adopte une structure tripartite (rapide–lent–rapide), mais sans interruption, se déployant comme un seul flux continu. Elle porte le sous-titre « Komm! Hebe dich… », une référence à la Symphonie n° 8 de Gustav Mahler, qui apparaît également de manière subtile dans la musique, peu avant la fin de la section lente. Cette œuvre offre une illustration particulièrement claire des principes de la musique spectrale – une technique de composition fondée sur les rapports naturels des harmoniques, le « spectre harmonique ». Depuis le milieu des années 1980, cette approche constituait pour Brewaeys un point de départ à la fois technique et esthétique, qu’il conservera – de manière moins rigoureuse — dans des œuvres ultérieures comme la Symphonie n° 6.

Symphonie n° 2

Dans la Deuxième Symphonie dominent des accords spectraux statiques (tous dérivés des harmoniques naturelles d’un do grave), mais ceux-ci sont animés par des impulsions saisissantes issues de changements abrupts de texture : des rythmes évoquant le code Morse dans les vents, des glissandi éthérés, une intense activité de la percussion métallique et un finale impitoyablement propulsé par un ostinato confié à deux percussionnistes. Ce qui frappe le plus, toutefois, ce sont les nombreuses trouvailles – à la fois excentriques et inventives – destinées à introduire des sonorités singulières. Cela est particulièrement manifeste dans la percussion, avec notamment un rôle de premier plan pour des gongs que l’on plonge partiellement dans l’eau avant de les en retirer. L’image la plus frappante reste sans doute la décision du compositeur d’enrichir l’arsenal de percussions d’une baignoire et d’un … réservoir de mazout. Aussi théâtrales ou apparemment bizarres que puissent paraître ces options, chez Brewaeys tout est affaire de son, et d’une manière presque magique, ces éléments insolites s’intègrent parfaitement à son univers sonore.

Symphonie n° 6

La Symphonie n° 6 (2000) témoigne tout autant d’une approche alternative et soigneusement réfléchie de l’orchestre. Brewaeys y redispose les instruments, plaçant les altos à l’avant, les premiers violons à leurs côtés, et les seconds violons en une seule rangée tout au fond de la scène – ce qui fait que ces derniers sonnent littéralement « depuis l’arrière ». L’espace ainsi libéré est occupé par un trio composé de synthétiseur, piano et harpe, qui joue également un rôle musical de premier plan. Ce sont aussi ces instruments qui sont le plus fortement traités par l’électronique (au moyen d’un modulateur en anneau). Ici encore, Brewaeys ouvre davantage le son orchestral : grâce à la réverbération, il multiplie et fige par moments la texture de l’orchestre afin de construire une matière sonore encore plus dense.

Compositions de couleur

Si la Symphonie n° 2 se distingue par son éclat et son exubérance, la Symphonie n° 6 apparaît sensiblement plus sombre. Il s’agit de la première œuvre dans laquelle Brewaeys a déclaré composer sans plan préétabli – au lieu d’une structure temporelle strictement mesurée, il s’est laissé porter par la musique, pour voir où elle le conduirait. Il n’est pas certain que la présence marquée de larges lignes mélodiques (en particulier aux altos et aux cors, auxquels est confié un rôle lyrique généreux), aux côtés des harmonies statiques familières et d’une effervescence rythmique vibrante, soit liée à cette approche, mais elle confère à la Sixième Symphonie une couleur intériorisée et sombre.

Cette attention portée à la couleur imprègne l’ensemble du programme. Composer pour orchestre offre au compositeur (contemporain) non seulement la possibilité de travailler à grande échelle avec un effectif massif, mais surtout, l’orchestre en tant que collection d’instruments constitue une invitation à explorer les combinaisons de timbres et l’inépuisable palette de couleurs orchestrales qu’elles permettent. Dès le début du 20e siècle – Claude Debussy pouvant être considéré comme un pionnier en la matière – s’affirme l’idée que la couleur sonore mérite une place à part entière aux côtés de la mélodie, de l’harmonie ou du rythme. Il ne s’agit plus seulement de savoir quelles notes composent une mélodie ou un accord, mais quels instruments les jouent, car une même note n’a rien de commun lorsqu’elle est produite par une flûte ou par une trompette. Les orchestrations que Luc Brewaeys a réalisées entre 2002 et 2005 des Préludes de Claude Debussy (à l’origine pour piano) en offrent une illustration parfaite. Pour ces orchestrations, Brewaeys s’est imposé la contrainte de ne modifier aucune note de la partition de Debussy, ni d’en doubler certaines à l’octave supérieure ou inférieure – une pratique pourtant courante en orchestration. Il en résulte un jeu de combinaisons instrumentales changeantes, soigneusement choisies pour éclairer la musique de Debussy d’une autre manière – et de façon résolument brewaeysienne.

Mais lorsqu’il s’agit de composer avec la couleur sonore, d’autres facteurs entrent en jeu que la simple question de savoir quel instrument joue quelle note : comment ces notes sont-elles jouées ? Un exemple frappant se trouve dans le nouveau Concerto pour violon (2026) de Daan Janssens, qui connaît ici sa création mondiale. L’un des motifs de la partie de violon consiste en ce qui semble être trois fois la même note (un ré), mais chaque fois jouée sur une corde différente. La différence de nuance sonore est subtile, mais néanmoins perceptible. Chez Janssens, l’attention portée au timbre se manifeste également dans l’usage de l’électronique, qui remplit deux fonctions. D’une part, un matériau préenregistré (et transformé) permet au soliste d’entrer en dialogue non seulement avec l’orchestre, mais aussi avec une version électronique de lui-même. D’autre part, le violon est enrichi en direct par une réverbération ample et par l’ajout en temps réel d’intervalles microtonaux (au moyen d’un harmoniseur). Là encore, la technologie agit comme un prolongement de l’orchestre, élargissant la palette des sons.

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SOUNDLAB #3

installations interactives pour oreilles curieuses – à vivre pendant les LAB-SERIES

Janssens Nemtanu Quote inv EN

Mission: Violin

Daan Janssens signe un nouveau concerto pour violon pour Samuel Nemtanu, chef de pupitre des seconds violons. Mission: Violin suit leur collaboration — portée par un dialogue de plusieurs années — des premières esquisses jusqu’à la création mondiale à Flagey, avec les surround electronics comme univers sonore indispensable autour de l’orchestre.

Plongez en exclusivité dans les coulisses et découvrez comment compositeur et soliste se provoquent, se nourrissent et s’inspirent tout au long de cette nouvelle série de vidéos et de podcasts.

Brewaeys Luc 2018

Unfolding Brewaeys

Luc Brewaeys : l’un des compositeurs les plus marquants de Flandre – découvrez son univers sonore dans cet article