Brussels Philharmonic | Joan Tower & Camille Pépin

Joan Tower & Camille Pépin

À l’occasion de la Journée internationale des droits des femmes, nous mettons deux compositrices à l’honneur: Joan Tower et Camille Pépin. Le 24 et 26 avril, nous interprétons Sequoia de Joan Tower et Les Eaux célestes de Camille Pépin. Curieux d’en savoir plus?
Découvrez les compositrices derrière la musique.

Stravinsky: Petrouchka · 24.04.2026 · Flagey

Beyond The Score – Cette série de concerts célèbre la puissance de l’imagination : notre fantaisie transforme ce que nous percevons dans le monde réel en un univers qui nous est propre, teinté par notre individualité. Qu’est-ce qui est réel ? Qu’est-ce qui est illusion ? Qu’est-ce qui est imagination ? Qu’est-ce qui est réalité ?

La couche visuelle renforce cette sensation d’étrangeté – et invite chacun à imaginer un univers parallèle personnel. Les nouvelles œuvres de l’artiste Ellen Vrijsen, inspirées par la musique, stimulent l’imagination du spectateur.

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JOAN TOWER

Sequoia

« Francis Thorne est venu me voir et m’a dit : ‘Joan, il est temps que vous écriviez une oeuvre pour orchestre.’ J’étais déjà dans la trentaine et j’ai décliné, car je ne me sentais pas prête. Il a insisté, encore et encore, jusqu’à ce que j’accepte. Ce fut une oeuvre particulièrement difficile à écrire. »

– Joan Tower

C’est ainsi qu’est né Sequoia. Ce premier ouvrage orchestral allait tout changer. Audacieuse, portée par une énergie fulgurante et un élan rythmique inspiré de Stravinsky, la pièce devint d’emblée sa carte de visite. Dès lors, le nom de Joan Tower se propagea comme une traînée de poudre sur la scène orchestrale américaine. Aujourd’hui, la compositrice, auréolée de trois Grammy Awards et du prestigieux Grawemeyer Award, est célébrée comme l’une des voix musicales les plus puissantes des États-Unis.

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Pour aller plus loin : quelques repères.

Le vertige des Andes

Joan Tower naît en 1938 à New Rochelle, dans l’État de New York, mais passe une part importante de son enfance en Bolivie, où son père travaille comme géologue. Entre montagnes, hauts plateaux et horizons lointains, elle développe une oreille aiguë pour l’espace et les masses sonores. Le goût de la hauteur, de la tension et de l’énergie physique qui marquera plus tard sa musique trouve ici ses premières racines.

Du clavier à la table à dessin

Tower commence sa trajectoire musicale comme pianiste. Elle étudie au Bennington College puis à l’université Columbia, où elle se consacre à la fois à l’interprétation et à la composition. Peu à peu, le centre de gravité se déplace : la pianiste-interprète cède la place à la créatrice. Cette formation demeure pourtant audible dans une écriture souvent très corporelle, presque athlétique, d’une immédiateté frappante.

Minimaliste, mais musclé

Dans les années 1970, Tower participe activement à la scène new-yorkaise de la musique contemporaine, notamment comme membre fondatrice des Da Capo Chamber Players. Alors que le minimalisme et la rigueur conceptuelle dominent, elle façonne un langage qui ne s’y confond jamais tout à fait. Sa musique est, elle aussi, rythmée, stratifiée, intensément énergique, mais moins comme un mantra que comme un moteur. Elle trace une voie personnelle—pas toujours à la mode, mais immédiatement reconnaissable.

Une fanfare pour l’inhabituel

Avec Fanfare for the Uncommon Woman, Tower signe l’une de ses œuvres les plus célèbres, et un titre qui annonce clairement la couleur. Pièce joueuse et puissante, elle adresse un clin d’œil à la Fanfare for the Common Man de Copland et s’est imposée comme une véritable carte de visite musicale. Non seulement par sa musique, mais aussi par la place singulière qu’elle occupe en tant que compositrice.

Camille Pépin

Les Eaux célestes

La musique de Camille Pépin déborde de couleurs et d’imaginaire. Nourrie par les mythes, la nature et la peinture, elle façonne un univers sonore à la fois concret et onirique. Avec Les eaux célestes, Camille Pépin prend pour miroir de notre réalité un conte chinois. « Si j’ai choisi cette légende, c’est parce qu’elle m’inspirait de nombreuses couleurs orchestrales et parce que si les étoiles parlent de l’Univers, nos histoires sur elles racontent quelque chose de nous ».

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Pour aller plus loin : quelques repères.

La tête dans les étoiles

(et les pieds à Amiens)

Camille Pépin naît en 1990 à Amiens, une ville de province du nord de la France qui n’est pas vraiment réputée pour être un foyer de musique classique. Elle y grandit dans un environnement où l’imagination compte au moins autant que la technique. Très tôt, elle développe une fascination pour les récits, la nature et les phénomènes cosmiques – des éléments qui trouveront plus tard leur place dans son univers musical.

Du conservatoire à la scène

Au Conservatoire de Paris, Pépin entre dans un véritable chaudron. Là où certains collègues mettent des années à trouver leur voix, elle semble, dès l’obtention de son diplôme, l’avoir dessinée avec une netteté remarquable. Avant même que l’étiquette de « jeune compositrice prometteuse » ne soit pleinement apposée, les commandes se succèdent à un rythme soutenu – un luxe-problème qu’elle traverse en composant, avec un plaisir presque audible.

Toujours en route

Dire « Pépin », c’est évoquer des titres qui emmènent l’auditeur en voyage. Lyrae, Laniakea, Les eaux célestes ou The Sound of Trees sonnent comme des chapitres d’un atlas poétique. Pépin n’écrit pas, le plus souvent, de la musique à programme au sens strict ; mais son œuvre respire un puissant élan narratif. Ses partitions invitent à écouter le regard ouvert, légèrement émerveillé.

Moderne, intemporelle

Si son langage s’inscrit sans conteste dans l’aujourd’hui, la musique de Pépin refuse de se plier à la rigueur esthétique qui semble parfois caractériser les compositeurs contemporains. Rythme, couleur et transparence y jouent un rôle central, avec une aisance orchestrale qui rend son écriture étonnamment accessible. À une époque où la musique nouvelle s’écoute encore volontiers les sourcils froncés, Pépin paraît parfaitement à l’aise avec l’idée qu’elle puisse aussi, tout simplement, être plaisante à entendre.

Compositrice reconnue

Que sa démarche trouve un écho se lit dans une collection de prix qui grandit aussi vite que son œuvre. En 2015, Pépin remporte le prestigieux Grand Prix Musique Symphonique de la SACEM (l’équivalent français de la SABAM). Suivent ensuite une Victoire de la musique classique et, depuis 2022, son entrée dans l’Ordre des Arts et des Lettres. Une série de distinctions remarquable pour quelqu’un qui vient à peine de quitter les starting-blocks – oh non, voilà que nous la qualifions à notre tour de jeune et prometteuse.

à l’honneur : créatrices.

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